Imaginez un dimanche matin où, au lieu d’un café-croissant, vous commencez la journée avec… neuf tranches de pâté de campagne à goûter, à comparer, à juger. C’est un peu bizarre, un peu intimidant, mais aussi très excitant. C’est exactement ce qui se passe quand on devient juré au Concours général agricole, en marge du Salon de l’agriculture.
Le Concours général agricole, ce n’est pas qu’une histoire de médailles
On en entend parler chaque année, mais on ne sait pas toujours ce qui se cache derrière ces fameuses étiquettes « médaille d’or Concours général agricole » collées sur les bocaux et les bouteilles.
En fait, le CGA, c’est un énorme rendez-vous du goût français. Pendant quatre jours, plus de 20.000 produits sont dégustés. Il y a des pâtés, bien sûr, mais aussi des vins, des fromages, des miels, des huiles, et bien d’autres trésors du terroir.
Objectif ? Récompenser les produits les plus réussis avec une médaille d’or, d’argent ou de bronze. Mais surtout, mettre en lumière le travail des producteurs et aider les consommateurs à repérer les bons produits.
Comment devient-on juré pour des pâtés de campagne ?
On pourrait croire qu’il faut être chef étoilé ou grand spécialiste. En réalité, pas besoin d’être un pro pour s’asseoir à une table du concours. Les jurys sont composés à moitié de professionnels et à moitié de consommateurs comme vous.
Il existe deux façons de participer. Soit vous vous inscrivez en amont comme consommateur curieux. Soit, comme dans notre cas, vous suivez une formation d’une journée pour apprendre à déguster et noter de manière plus précise.
Pendant cette formation, on découvre ce qui fait un bon pâté de campagne. La texture idéale, les arômes recherchés, l’équilibre entre la viande, le gras, les épices. On apprend aussi à mettre des mots sur ce que l’on ressent. C’est un peu comme apprendre une nouvelle langue. La langue du goût.
9h30, tartine de porc au lieu de confiture
Le jour J, rendez-vous Porte de Versailles. Il est 9h30. Normalement, c’est l’heure du petit-déjeuner. Là, c’est l’heure de la première tranche de pâté. Cela surprend un peu. On hésite une seconde. Puis on se laisse prendre au jeu.
Dans le grand hall, des dizaines et des dizaines de tables sont alignées. Chacune va goûter une série de produits. Pour nous, ce sera neuf pâtés de campagne. On ne voit ni les marques ni les producteurs. Tout est dégusté à l’aveugle pour rester le plus objectif possible.
Sur notre table, il y a six jurés. Une moitié de professionnels, une moitié de simples amoureux de la bonne chère. À côté de nous, une bouchère-charcutière partage son expérience. Son nez et son œil nous guident. Elle explique les défauts possibles, les qualités qui font la différence, le fameux « petit plus » qui donne envie de finir la tranche.
Comment on juge concrètement un pâté de campagne
Déguster, ce n’est pas juste avaler. C’est observer, sentir, goûter, puis réfléchir un peu. Voilà, étape par étape, ce qui se passe devant l’assiette.
1. Regarder : la première impression compte
On commence par l’aspect. La couleur doit être appétissante. Ni trop grise, ni trop rose fluo. La répartition du gras doit être harmonieuse. On regarde si la tranche se tient. Si elle s’effrite trop, ce n’est pas un bon signe.
Un pâté de campagne est rustique, mais cela n’empêche pas qu’il soit joli à l’œil. Un peu comme un pain au levain : simple, mais avec du caractère.
2. Sentir : le nez ne ment pas
On approche la tranche du nez. On respire doucement. Les arômes doivent être francs. On attend des notes de porc, d’épices légères, parfois un peu d’ail ou de poivre. Si l’odeur est agressive, acide ou trop forte, cela gêne déjà le plaisir.
Parfois, un pâté peut paraître parfait visuellement, mais manquer totalement de parfum. Là, on sait déjà qu’en bouche il risque d’être décevant.
3. Goûter : texture, goût et équilibre
Vient ensuite la meilleure partie. On prend une petite bouchée. On laisse fondre. On mâche lentement. On observe la texture : trop sèche, trop grasse, ou juste moelleuse comme il faut.
On cherche aussi l’équilibre des saveurs. Le sel ne doit pas dominer. Les épices doivent relever sans masquer la viande. Le goût de foie ne doit pas être trop fort, sauf si c’est voulu dans la recette. Et surtout, on se demande : est-ce que j’ai envie d’en reprendre une deuxième bouchée ?
Attribuer les médailles : seulement 3 produits sur 9
Après avoir goûté les neuf pâtés, chacun note les produits. Puis le jury se concerte. On échange nos impressions. On compare ce que l’on a ressenti. Ce n’est pas toujours facile. Certains préfèrent les goûts plus rustiques, d’autres les textures plus fines.
Mais il y a une règle claire. Une table ne peut donner une médaille qu’à 30 % des produits dégustés. Cela veut dire qu’ici, seulement trois pâtés sur neuf peuvent être récompensés. Pas un de plus. Même si le niveau est globalement très bon.
À la fin de ces deux heures de dégustation, le verdict tombe. Deux médailles d’or. Une médaille d’argent. Et six pâtés qui resteront dans l’ombre, même s’ils étaient parfois très corrects. Le concours est exigeant. C’est ce qui fait la valeur de ces médailles.
Et après, comment choisir un bon pâté de campagne en magasin ?
En tant que consommateur, vous n’aurez pas la liste détaillée des lauréats devant vous. Et les dégustations se font à l’aveugle, donc même les jurés ne savent pas ce qu’ils ont goûté. Mais vous pouvez déjà utiliser quelques repères simples.
- Cherchez les produits portant la mention médaillé au Concours général agricole
- Lisez la liste des ingrédients : plus elle est courte, mieux c’est
- Privilégiez les pâtés avec une origine de viande clairement indiquée
- Regardez la couleur et la texture à travers le bocal ou sous l’emballage
Et surtout, faites confiance à votre palais. Un bon pâté est celui que vous avez plaisir à partager sur une tartine, avec un cornichon et des amis autour de la table.
Envie de jouer les jurés chez vous ? Une recette simple de pâté de campagne
Pour aller plus loin, vous pouvez aussi vous amuser à faire votre propre pâté de campagne maison. Voici une recette simple pour environ un moule à cake de 25 cm.
- 500 g de viande de porc (épaule ou échine)
- 300 g de gorge de porc ou poitrine très grasse
- 150 g de foie de porc
- 1 oignon moyen (environ 100 g)
- 2 gousses d’ail
- 1 œuf
- 8 g de sel (environ 1 cuillère à café bien rase)
- 2 g de poivre noir moulu (environ 1/2 cuillère à café)
- 1 cuillère à café de thym séché
- 1 feuille de laurier
- 50 ml de cognac ou de vin blanc (facultatif mais conseillé)
- Un peu de beurre ou de gras pour graisser le moule
Préparation :
- Coupez toutes les viandes en morceaux. Hachez-les au hachoir ou demandez à votre boucher de le faire.
- Émincez finement l’oignon et l’ail.
- Dans un grand saladier, mélangez les viandes, l’oignon, l’ail, l’œuf, le sel, le poivre, le thym et l’alcool si vous en utilisez.
- Mélangez avec les mains pour bien répartir les épices. La farce doit être homogène.
- Goûtez une petite quantité cuite à la poêle pour vérifier l’assaisonnement, puis ajustez si nécessaire.
- Beurrez un moule à cake. Versez la préparation en tassant légèrement.
- Ajoutez la feuille de laurier sur le dessus.
- Faites cuire au four au bain-marie à 160 °C pendant environ 1 h 15 à 1 h 30. La température à cœur doit atteindre environ 70 °C.
- Laissez refroidir puis placez au frais au moins 24 heures avant de déguster. Les arômes auront le temps de se développer.
Pourquoi cette expérience de juré change votre façon de manger
Sortir d’une matinée au Concours général agricole, ce n’est pas seulement avoir bien mangé. C’est aussi regarder différemment ce que vous mettez dans votre assiette. Derrière chaque médaille, il y a des heures de travail. Des éleveurs. Des artisans. Des choix de recettes et de matières premières.
On prend conscience que ces petites rondelles dorées sur les étiquettes ne sont pas juste du marketing. Elles représentent un vrai tri. Une vraie exigence. Et au final, une promesse pour vous quand vous achetez votre pâté de campagne préféré.
Alors la prochaine fois que vous verrez « médaille d’or Concours général agricole » sur un bocal, vous saurez que quelque part, à 9h30 du matin, des jurés ont posé leur tartine de confiture pour le goûter à votre place.











